lundi 18 février 2013

Boycottons les poissons d'élevage!


Suite à une décision de la Commission européenne, les farines animales seront autorisées pour les poissons d’élevage dés le 1er juin 2013. 
Les ministres français et allemand étaient opposés à la réintroduction de ce type d’aliment dans la chaine alimentaire. Le 6 juillet 2011, une écrasante majorité des Députés européens français avait voté à Strasbourg contre la réintroduction des farines d’origine animale (56 CONTRE, dont Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, 8 POUR et 1 ABSTENTION),

Pour José Bové – Député européen - Vice Président de la Commission de l’Agriculture et du Développement Rural. Le scandale sur la viande chevaline vendue pour de la viande bovine montre une nouvelle fois que certains acteurs de la transformation alimentaire sont prêts à tout, même à des pratiques frauduleuses, pour compresser les coûts, tirer les prix vers le bas et maximiser leurs profits.

Si dans la mer la chaine alimentaire voit les gros poissons manger les petits, on n’a encore jamais vu des poissons s’attaquer à des porcs ou des volailles. Rien n’empêche si on réintroduit les farines animales dans l’alimentation, qu’elles se retrouvent demain utilisées pour des animaux auxquels elles ne sont pas destinées. Les poissons, comme demain les porcs et les volailles doivent être étiquetés « NOURRIS AVEC OU SANS FARINES ANIMALES », pour que nous puissions choisir en connaissance de cause. Je doute que les consommateurs se bousculent pour acheter des poissons étiquetés « Nourris avec des farines d’origine animale ».


dimanche 17 février 2013

Extension de Port La nouvelle, un projet très opaque.


On nous présente souvent comme des anti-ports, C'est aux antipodes de ce que nous sommes !
Nous disons que le projet qui est présenté est mauvais pour plusieurs raisons :
Des évaluations de trafic complètement farfelues et en dehors de la réalité,
Un investissement élevé (mini 235 M€) grévant les finances des partenaires (département et
agglo à hauteur de 15 % chacun) et les forçant à s'endetter alors qu'ils le sont relativement
peu. De plus le montage financier est assez opaque. Il bénéficie directement et immédiatement à un opérateur portuaire (Rompétrol) qui n'apporte rien dans la corbeille.

Un projet non évolutif. C'est tout ou rien et tel qu'imaginé, il ne peut être mis en oeuvre par phases, progressivement, au fur et à mesure des résultats ou des opportunités.

Le retour sur investissement en terme d'emplois est faible : si les tonnages sont là (c'est loin d'être acquis), ce sera 90 emplois, sans tenir compte des effets négatifs sur l'activité de Lafarge et des services portuaires concernant le sea line, Les chiffres avancés (1500, 2000,,,) sont des emplois indirects et induits qui sont une probabilité de la probabilité de trafic. En ce qui concerne le chantier, les exemples analogues indiquent un nombre de personnes y travaillant de l'ordre de 5 à 600. Ce sont des entreprise internationales qui sous-traitent 20 à 30 % à des locaux.

L'installation d'un terminal pétrolier dans un milieu relativement confiné en connection directe avec l'étang n'est pas sans dangers pour lui. Il en existe un aujourd'hui mais il y a un changement d'échelle significatif.

La cohérence des investissements avec les autres ports de la région ne saute pas aux yeux. Ainsi PV est censé être spécialisé dans les fruits et légumes, Séte généraliste, conteners, PLN céréales et hydrocarbures. PV fait plus de conteneurs que Sète, Séte monte en puissance sur les céréales et garde ses hydrocarbures mais diminue ses tonnages....

Nous sommes vigilants sur les matières transitant. Exemple l'huile de palme qui est une cochonnerie à tous les étages : production par accaparement des terres, déplacement de populations, quasi asservissement, déforestation, destruction des cultures vivrières, utilisation massive de pesticides. Transport maintient à 40 ° des matières, bonjour le CO2.
Raffinage, nous avons un rapport de 120 pages sur la pollution des eaux à leur usine des Pays Bas. Consommation problématique pour la santé publique, voir les nombreuses études en France et ailleurs.

Nous ne sommes pas contre le port mais disons que les problèmes doivent être posés différemment ce qui induit des réponses diversifiées et non un truc à prendre ou à laisser ! Par exemple, dire que l'on soutien l'emploi en investissant sur de grandes infrastructures n'a plus de sens dans un contexte où il n'y a plus de croissance du PIB. Il faut être plus pragmatique et rechercher quels sont les besoins sociaux et comment intervenir sur le tissu des PME, de l'ESS, créer des leviers à travers de petits projets....

La "lasagnes" party de Castelnaudary vire au drame


La crise qui touche actuellement Castelnaudary est une crise morale, économique et sociale. Factuellement, quelle que soient l’issue de ce dossier, 300 salariés se posent des questions quant à leur avenir professionnel. Ma première pensée va vers eux.
Castelnaudary, capitale mondiale du cassoulet, voit son image baffouée avec cette affaire, les consommateurs ont été trompés. J’attends, comme tout un chacun, que la lumière soit faite par les personnes chargées d’enquêter.
Je ne m’étendrai pas sur les avantages des circuits plus courts que je défends depuis de nombreuses années mais je constate que nous avions un abattoir local avec 80 salariés qui, à 250 mètres de l’usine, fournissait l’usine de transformation. 
On fait venir de Roumanie de la viande de cheval, qui se transforme en 2 500 km, à Castelnaudary en viande de boeuf ?
Le profit est la rémunération du courage, de l’innovation. Le bon sens veut « plus c’est prêt, plus c’est rentable ». Dans ce cas là, « plus c’est loin, plus il y a d’intermédiaires et plus il y a de profits ». Cherchez l’erreur…
L’économie du « face à face », en circuits beaucoup plus courts et même pour l’industrie agro-alimentaire, sera la condition sine qua none de la reprise des activités et le retour de la confiance des consommateurs.
Je souhaite que les pouvoirs publics concluent le plus rapidement possible leurs investigations pour qu’un maximum de salariés puissent reprendre le travail, même si la confiance des clients a été écornée.
Les salariés n’y sont pour rien et ont un très bon outil de travail partiellement financé par les pouvoirs publics. Le Politique, du niveau européen jusqu’au niveau local, doit reprendre la main et établir des règles face à la finance invisible et toute puissante.
La confiance reviendra-t-elle avec l’autorisation de l’Union Européenne d’utiliser des farines de poisson dans l'alimentation animale ? 

> > Stéphane LINOU
Conseiller Général EELV

mercredi 13 février 2013

Bon appétit!



L'actualité vient de mettre en lumière l'épopée des lasagnes vendues dans plusieurs pays européens commandés à Boulogne sur Mer, confectionnées à Metz , à partir de viande produite en Roumanie et transformée à Castelnaudary après avoir été achetée successivement par un trader chypriote et un trader des Pays Bas.
Au delà de la fraude évidente sur la qualité du produit,ce circuit démentiel autant qu'opaque indique assez que la grande industrie agroalimentaire nous fait marcher sur la tête et que ceux qui en profitent ne sont ni les producteurs ni les consommateurs, ni non plus la planète car le transport des différents ingrédients de ces lasagnes(on ne parle ici que de la viande, mais on pourrait sans doute découvrir des circuits similaires pour les tomates,le fromage, la pâte...)ont un coût élevé en CO2 et en carburant, énergie fossile non renouvelable.
Au nom du profit maximum pour quelques uns, nos producteurs locaux n'arrivent pas à vivre correctement de leur travail, on ferme des abattoirs de proximité, on supprime des unités de production sans tenir compte du savoir faire des salariés.
Au nom de ce même profit maximum, on trompe le consommateur , on lui fournit une nourriture saturée de pesticides, de sucres, de graisses et d'additifs variés.
Il est bien sur indispensable que les législateurs français et européens renforcent les contrôles tout au long de la chaîne, mais il est surtout temps d'orienter les politiques publiques vers la production d'une alimentation saine et de qualité pour tous , issue de circuits les plus courts possibles et respectueuse de l'environnement.

Quelques vidéos édifiantes sur les délires de l'agro-industrie: 

dimanche 20 janvier 2013

Le « GPI Ô Castel » pointé du doigt


L'écologiste et conseiller général Stéphane Linou, s'est vendredi exprimé sur le "GPI Ô Castel", au nom du Collectif Audois d'opposition à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : "L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est un fiasco financier et environnemental programmé, comme l'était en 2008 Ô Castel. Nous avons les éléments pour le prouver : le commissaire enquêteur de la République avait, je le cite, émis de fortes réserves concernant la zone de clientèle de ce centre commercial. Il était basé sur un potentiel de 80 000 habitants, allant de Carcassonne à Labège ! La destruction des emplois de centre-ville a été volontairement sous-estimée. Dans le même temps, la mairie de Castelnaudary, qui a soutenu ce projet, a systématiquement émis un avis positif pour les extensions commerciales de Carcassonne. Nous sommes bien dans un grand projet inutile imposé, destructeur de l'environnement, avec des terres nourricières agricoles qui sont bétonnées. Au final, il n'y a que des perdants puisque le centre-ville est complètement crevé. Il suffit de regarder la rue du 11-Novembre. Bien que le commissaire enquêteur ait tout annoncé, le projet s'est quand même réalisé".

source:http://www.midilibre.fr/2013/01/06/le-gpi-o-castel-pointe-du-doigt,622421.php

mardi 11 décembre 2012

A Carcassonne, l’inéluctable progression de la pauvreté


C’est une foule hétéroclite de SDF au long cours, de punks en vadrouille et de personnes désocialisées en attente de logement. Situé dans une petite rue excentrée, l’accueil de jour des Restos du cœur de Carcassonne grouille de visiteurs ce midi-là, comme tous les jours. Que l’endroit ne désemplisse pas depuis son ouverture, fin novembre, n’est pas une surprise. Ce qui l’est plus, c’est la présence, dans ce local théoriquement réservé aux sans-abri (à qui est offert un repas chaud), de "plus en plus de personnes vivant en appartement", explique-t-on. Ainsi Anne, 56 ans, une ancienne archéologue touchant le RSA, mais ne vivant qu’avec 150 euros une fois ses factures payées : "Quand ça devient dur, je viens ici", confie-t-elle, au milieu d’habitués dont elle s’est fait des amis.

L'accueil de jour des Restos du coeur, théoriquement réservé aux aux sans-abris, est désormais fréquenté par personnes vivant en appartement. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)
Le lieu est emblématique de la pauvreté à Carcassonne, ville moyenne (50.000 habitants) dont nul ne soupçonnerait qu’elle soit si bien placée sur la carte de France de la paupérisation. Les élus n’en avaient guère plus conscience avant que Maryline Martinez, première adjointe au maire, ne lance une enquête il y a un an. Censée établir un "diagnostic santé" de la population, l’étude a fait apparaître des taux de chômage (20,4%), de pauvreté (19,9%) et de bénéficiaires du RSA (11,3%) nettement supérieurs à la moyenne. La municipalité (PS) a du coup décidé de décupler, ou presque, les subventions qu’elle accorde aux cinq principales associations caritatives. Jusque-là comprises entre 1000 et 2000 euros, elles s’élèveront, en 2013, entre 10.000 et 14.000 euros. "Il y a urgence. Il faut cautériser, justifie Mme Martinez. La découverte de cette détresse nous a surpris. Nous sommes dans un milieu mi-urbain mi-rural où les solidarités familiales font que les choses se voient moins."
Située entre deux agglomérations à l’essor galopant (Toulouse et Montpellier), Carcassonne paie le prix d’un développement économique ralenti notamment par l’absence de grandes entreprises. La population s’est appauvrie lentement au fil des décennies. Aux chômeurs longue durée et aux petits retraités se sont ajoutées des familles monoparentales, des routards attirés par le soleil, des demandeurs d’asile issus des pays de l’Est et, depuis peu, des Espagnols d’origine maghrébine fuyant la crise. Loin des remparts illuminés de sa célèbre cité, Carcassonne compte deux zones urbaines sensibles, cinq quartiers en contrat urbain de cohésion sociale et un lot de squats et d’habitat insalubre.

(Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)
A entendre les associations, la "situation" se serait accentuée à la rentrée. Les Restos du cœur s’attendent à accueillir entre "10% et 30%" de public supplémentaire cet hiver. Au Secours populaire, c’est une chute importante du "reste à vivre" (une fois que le loyer et le coût de l’énergie ont été retirés des revenus) qui est observée:  "Nous inscrivons des personnes à qui il ne reste que 3 euros par jour pour manger, voire zéro euro parfois", indique-t-on. Chez Emmaüs, les effectifs se garnissent "de gens qui travaillent, mais n’arrivent pas à joindre les deux bouts".
Visible depuis deux ans, un indicateur en dit long : les associations sont persuadées de l’existence d’un "marché parallèle" de produits alimentaires distribués par leurs soins. Peu friands des marchandises de base de l’Union européenne (huile, sucre, farine, surgelés…), les bénéficiaires les troqueraient entre eux, quand certains ne les vendent pas lors de vide-greniers.

Réfugié politique de nationalité arménienne, Mher Missakyan, 49 ans, est arrivé en France en 2006. Chauffeur-routier, ce père de trois enfants a pour seul revenu le RSA. Habitué du Secours populaire, il y est également bénévole. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)
Conformément aux statistiques nationales, les jeunes en difficulté sont aussi plus nombreux. Et… de plus en plus jeunes. A la mission locale, les mineurs représentent 23% des 4.000 inscrits, contre à peine 10% il y a huit ans. Les trois quarts des jeunes fréquentant l’établissement vivent chez leurs parents et seule une minorité a le permis. Une forme de repli sur soi semble s’être propagée, selon un sondage maison indiquant que 95% ne sont pas prêts à quitter la ville pour trouver du travail.

James Castellan, 21 ans, sans emploi, vit chez sa mère, bénéficiaire du RSA. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)
"Tout dépend de quel travail il s’agit, nuance James Castellan, 21 ans, titulaire d’un BEP système électroniques numériques. Si l’on me propose un CDI à Paris, j’y vais en courant. Mais pour un CDD, je risque d’y laisser mon salaire. Même un apprentissage est devenu impossible à trouver. Plus aucun patron ne veut vous prendre si vous avez dépassé 20 ans, car vous coûtez plus cher que quelqu’un de 16 ans." James habite chez sa mère, bénéficiaire du RSA, et vivote avec les quelques dizaines d’euros que lui attribue la mission locale.
A l’autre extrémité de la pyramide des âges, le constat n’est pas plus réjouissant. Si les retraités pauvres ont toujours eu du mal à braver ce sentiment de "dignité bafouée" que provoque l’octroi d’une aide alimentaire, certains n’hésitent plus à franchir le pas des associations. "Notamment des personnes de plus de 80 ans qu’on ne voyait jamais avant", remarque-t-on au Secours populaire. A se demander si les collectivités arrivent encore à faire face, se demande Jean-Marie Jordy, le président de l’antenne des Petits Frères des pauvres : "On a l’impression que les services sociaux se tournent de plus en plus vers nous. La vocation de notre association est pourtant de visiter et d’écouter des personnes âgées isolées, pas de faire du social. Nous sommes du coup obligés d’en faire, en payant ponctuellement des factures d’eau et d’électricité."

Les bénévoles des Petits frères des pauvres font de plus en plus de "social" alors que la vocation de leur association est de visiter et d'écouter des personnes âgées. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)
La situation s’est vraiment compliquée pour les sans-abri et les plus vulnérables. Sortir de la galère est devenu "encore" plus difficile. Dès qu’un lit se libère dans un foyer, il est attribué dans les jours qui suivent, "alors qu’on avait régulièrement des places vacantes jusque-là", souligne Bernard Botet, le directeur d’Aude Urgence Accueil, l’association ayant la gestion du 115 et faisant office de Centre d’hébergement et de réinsertion sociale.
Mais squats et trottoirs ne désemplissent pas non plus. On y voit échouer de nouveaux profils, en particulier des jeunes femmes et des familles. Un chiffre de l’enquête-santé réalisée par la municipalité a stupéfait les élus : en 2012, neuf enfants sont nés de couples vivant dans la rue à Carcassonne.
 Source: http://crise.blog.lemonde.fr/2012/12/11/a-carcassonne-lineluctable-progression-de-la-pauvrete/

vendredi 16 novembre 2012

Réfléchissons ensemble sur la compétitivité présentée comme avatar territorial du néolibéralisme

Nous vous proposons ici un compte rendu d'une conférence sur la compétitivité avatar territorial du néolibéralisme organisée le 13 novembre par les Amis du Monde Diplomatique de Carcassonne. 
Intervenant : Gilles ARDINAT, professeur agrégé, docteur en géographie enseignant à l’Université Paul-Valéry, Montpellier III

En introduction, Gilles Ardinat nous explique que le mot compétitivité a d’abord été conçu pour et par les firmes. Puis, un glissement s’est opéré dans le discours politique s’agissant des territoires. En France, la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale) est devenue la DIACT (Délégation Interministérielle à l’Aménagement et à la Compétitivité des Territoires) de 2005 à 2009. Elle est redevenue depuis, la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité régionale).
Plusieurs définitions correspondent au mot compétitivité, mais il nous propose de retenir la plus simple qui est la capacité d’affronter la concurrence.

Le sujet est traité en 3 parties :
- L’origine de la théorie de la compétitivité
- La mesure de la compétitivité territoriale
- La compétitivité, avatar du néolibéralisme





1) L’origine de la théorie de la compétitivité
Les Etats-Unis sont le premier pays à sortir ce mot de la sphère de l’entreprise dès les
années 80. Il est alors question de compétitivité nationale. Les commissions parlementaires
comme les écoles de commerce s’en emparent et dans les années 90, Michael Porter
(professeur à Harvard) écrit une bible de 800 pages, un best-seller mondial : L’avantage
concurrentiel des nations.
Cet ouvrage qui fait encore référence dans toutes les grandes écoles de commerce du
monde, prône la compétitivité des nations et des territoires. Ce discours a trouvé un écho
très favorable au sein de l’Union européenne et des institutions internationales comme
l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI ; ce qui a donné au mot compétitivité une forte assise
institutionnelle.
Néanmoins, il est à noter que Paul Krugman économiste pourtant libéral, a fait la critique de
la compétitivité des pays et des territoires.
Cette dernière est le prolongement du dogme libéral de la concurrence entre entreprises.
La compétitivité est un ersatz du patriotisme économique étatique, mais elle est mobilisatrice
et fédératrice. Il s’agit là d’un nationalisme compatible avec les règles libérales de l’OMC et
de l’Union Européenne à travers ses traités.
A noter que la politique des pôles de compétitivité dans les territoires a été lancée par D. de
Villepin.

2) La mesure de la compétitivité nationale
Les rapports sur la compétitivité se sont multipliés au cours de ces vingt dernières années.
Ils visent à mesurer la compétitivité des territoires.
Compte-rendu conférence du 13 nov. 2012 – Maïde MAURICE 2
Le Forum économique mondial qui réunit tous les ans à Davos (Suisse) l’élite politique,
économique et médiatique (soit 2000 personnes environ) établit un rapport sur la
compétitivité mondiale. A l’aide d’indices variés, les pays sont classés en fonction de leur
compétitivité ; un jugement fait à partir de critères propres aux entreprises. Deux types de
pays ressortent de ce classement au travers de la compétitivité prix et hors prix.
• Les pays ateliers, comme la Chine sont dans la catégorie compétitivité prix.
• Les pays haut de gamme sont dans la catégorie hors prix, pour une économie
orientée vers l’innovation, la recherche développement, la finance.
Selon Gilles Ardinat, cette approche de la mondialisation est erronée et caricaturale car des
pays émergents peuvent aussi être performants dans la haute technologie ; et inversement,
l’Allemagne qui se situe dans la 2ème catégorie, a su comprimer ses coûts du travail
aboutissant au blocage salarial, avec des salariés percevant dans certains secteurs, 4 € de
l’heure.
Il a par ailleurs identifié 3 types de compétitivité dans le discours public :
• La compétitivité néo mercantiliste
La stratégie de développement est basée sur l’exportation massive avec une
importation a minima (type Allemagne) ;
• La compétitivité liée au fait d’attirer des facteurs de production jugés positifs comme
les capitaux, les entreprises, la main-d’oeuvre qualifiée.
Ex. : attractivité des capitaux par la réduction des déficits publics.
• La compétitivité institutionnelle
Il ressort que l’OMC, l’OCDE, la Banque Mondiale ont une définition consensuelle
de la compétitivité. Pour ces organismes, un territoire ne peut connaître la croissance
économique que si elle joue le jeu du libre échange, en effaçant ses frontières.

3) La compétitivité, avatar territorial du néolibéralisme
Le dogme principal du néolibéralisme est le libre échange qui permet de s’adapter à la
mondialisation. Le libre échange s’applique désormais, non seulement aux marchandises
mais aussi aux entreprises et aux capitaux.
Des systèmes productifs, sociaux et fiscaux différents sont ainsi mis en concurrence directe.
La compétitivité prix et hors prix entérine les délocalisations passées et celles à venir. Il faut
donc accepter que certaines industries soient parties dans des pays low-cost.
Le territoire est réduit à un support physique et matériel sur lequel des infrastructures sont
installées afin que les firmes profitent de la mondialisation. Cette compétitivité
infrastructurelle des territoires (qui oblige les Etats à investir dans des infrastructures) est en
contradiction avec l’exigence d‘une fiscalité avantageuse exigée pour cette même attractivité.
En effet, pour pouvoir investir dans des infrastructures, l’Etat doit s’en donner les moyens en
utilisant notamment le levier fiscal.

• L’Etat doit augmenter la qualification du personnel pour que les entreprises aient un
bon réservoir de main-d’oeuvre.
• La législation doit être la plus favorable possible aux entreprises. L’Etat devra
procéder aux réformes allant dans le sens d’une compétitivité juridique et fiscale, en
votant des textes sur la flexibilité dans l’emploi par exemple. Où est alors la limite entre la
compétitivité juridique et le dumping ?
• Le territoire est devenu un espace d’observation économique avec ses différents
agrégats macro-économiques, comme le taux d’inflation. Il est un pur objet
économique où sont niés le culturel, le politique, l’identitaire ou l’affectif. Le territoire
est une marchandise que l’on peut marketer et coter en bourse.
De fait, les territoires eux-mêmes se vendent telles des marchandises, dans un
discours d’inspiration managériale (ex. : publicité TV actuelle de l'agglomération de
Montpellier).
La compétitivité appliquée aux territoires reprend sous une forme nouvelle, une vieille
théorie, celle des avantages comparatifs développée par David Ricardo, selon
laquelle les pays ont intérêt à se spécialiser dans une activité.

En conclusion, Gilles Ardenat se demande dans quelle mesure la compétitivité ne
constitue pas pour les dirigeants, un alibi pour justifier leur inaction ou la prise de
mesures impopulaires mais obligatoires parce que imposées par l’extérieur.

Pour aller plus loin :
ARDENAT, Gilles, Comprendre la mondialisation en 10 leçons, Ellipse 2012

Compte-rendu rédigé par Maïde MAURICE.